Sous les bottes pleines de terre, l’herbe des jardins raconte souvent une autre histoire : celle des gens, de leurs espoirs, de leurs colères, de leurs rêves très concrets d’un bout de vert à soi. Avec Innover Sans Frontières : La Démocratisation des Jardins et du Jardinage en Grande-Bretagne aux XIXe et XXe Siècles (Montpellier & en ligne), c’est toute une histoire sociale qui se déploie, entre Grande-Bretagne industrielle, crises du XXe siècle, et renouveau citoyen. Du lopin d’ouvrier aux allotments, des jardins de châteaux aux potagers d’écoles, le jardinage devient un langage commun, un terrain où se mêlent classe sociale, santé, émancipation des femmes et nouvelles formes de communauté.
Ce colloque, organisé à Montpellier tout en étant accessible en ligne, s’inscrit dans cette longue trajectoire, où les jardins ne sont plus réservés à une élite. Les interventions croisent littérature, urbanisme, pédagogie, écologie et arts visuels pour montrer comment, du XIXe siècle au XXe siècle, le jardin s’est ouvert, partagé, négocié. On y rencontre des figures comme Patrick et Norah Geddes et leurs « people’s gardens », Gertrude Jekyll et ses amateurs éclairés, ou encore les jardinières anonymes qui ont transformé l’horticulture. Entre terrains britanniques et regard français, les chercheurs donnent des clés pour comprendre comment ces innovations d’hier éclairent nos envies de jardins partagés, de permaculture et de co-jardinage d’aujourd’hui.
| Peu de temps ? Voici l’essentiel : |
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| Les jardins britanniques des XIXe et XXe siècles deviennent des espaces d’émancipation, de solidarité et non plus seulement des symboles de prestige. |
| La démocratisation du jardinage passe par les allotments ouvriers, les jardins d’asile, les potagers d’école et l’engagement déterminant des femmes. |
| Le colloque de Montpellier, accessible en ligne, réunit des chercheurs internationaux pour relier histoire sociale, littérature, écologie et pratiques concrètes du jardin. |
| Ces travaux inspirent un jardinage écologique, simple et collectif, qui parle de compost, de biodiversité, de saisons et de gestes à la portée de tous. |
- Démocratisation des jardins : du privilège aristocratique à l’outil de justice sociale.
- Innovation dans les usages : jardins thérapeutiques, pédagogiques, communautaires.
- Dialogue fécond entre Grande-Bretagne et France, de Patrick Geddes à Montpellier.
- Conseils concrets pour transposer cet héritage dans un jardin écologique du quotidien.
Jardins, classes sociales et justice verte en Grande-Bretagne au XIXe siècle
Quand on remonte au XIXe siècle britannique, les jardins apparaissent d’abord comme le théâtre très visible des hiérarchies sociales. D’un côté, les grands parcs paysagers, mis en scène comme des tableaux vivants autour des demeures aristocratiques. De l’autre, une ville industrielle qui étouffe, où les familles d’ouvriers se contentent bien souvent d’une cour pavée et d’un peu de fumier. Pourtant, c’est déjà là que commence la lente démocratisation des jardins, avec l’essor des allotments, ces petites parcelles louées à bas prix aux travailleurs.
Les travaux de chercheurs comme Jeremy Burchardt montrent, par exemple, comment les « allotment rent suppers » – ces repas annuels de loyer de parcelle, autour du fameux « roast beef and plum pudding » – étaient bien plus que des banquets. Ils incarnaient une forme de reconnaissance : l’ouvrier-jardinier n’était plus seulement une main d’œuvre, mais un gardien de la terre, un acteur d’un paysage partagé. Derrière la convivialité, on lisait l’affirmation d’un droit : celui de faire pousser ses légumes, de nourrir sa famille, de respirer un peu mieux.
À travers la littérature, cette fracture entre jardins nobles et coins de terre populaires devient palpable. Dans des récits comme I Capture the Castle de Dodie Smith, étudié par Deborah Rogiers, le jardin traduit la tension entre pauvreté et respectabilité. On y cultive autant l’image sociale que les fleurs, dans une économie subtile de gestes discrets, de rosiers maintenus tant bien que mal, de pelouses qu’on ne peut plus entretenir correctement. Là encore, la terre parle : elle révèle ce que l’on aimerait cacher.
Dans ce contexte, le jardinage apparaît comme une forme de résistance douce. Cultiver un lopin, c’est alléger le budget nourriture, certes, mais c’est aussi retrouver une part de liberté. Ce petit espace devient laboratoire d’innovation sociale : on échange des graines, on teste de nouvelles variétés de pommes de terre, on apprend à faire son compost sans le nommer ainsi. On y invente une économie circulaire avant l’heure, à base de récupération, de fumier d’écurie, de taille de haies et de paillis improvisé.
Cette dynamique trouve un écho puissant aujourd’hui dans les jardins solidaires et les potagers de quartiers populaires. Entre les allotments anglais du XIXe siècle et les jardins partagés urbains actuels, on retrouve le même besoin : sécuriser un peu l’assiette, mais surtout, se réapproprier un espace de respiration. C’est là que la histoire sociale du jardin rejoint nos préoccupations de 2026 : comment offrir à chacun, quelles que soient ses ressources, un accès simple à un bout de terre et à des légumes sains ?
On comprend alors pourquoi un colloque à Montpellier, même centré sur la Grande-Bretagne, intéresse autant les jardiniers amateurs français. Les débats sur la fabrique des territoires, les jardins dans la ville et l’écologie de la précarité trouvent une traduction très concrète lorsqu’on sème des radis sur une ancienne friche. Le jardin devient un outil de justice verte, ancré dans le réel, dans la saison, dans le geste humble de retourner la terre.
En filigrane, une idée s’impose : un jardin n’est jamais neutre. Il dit qui a le droit d’occuper l’espace, qui décide de ce qui pousse et pour qui. L’ouvrir, le partager, c’est déjà changer un peu la société.

Des jardins de confinement aux jardins de liberté : santé, soin et imagination
L’un des fils les plus émouvants de cette histoire sociale des jardins en Grande-Bretagne réside dans leur rôle thérapeutique. Au XIXe siècle, alors que les asiles psychiatriques se développent, certains médecins comprennent intuitivement qu’un espace planté, avec des allées, des arbres et des massifs, peut apaiser des esprits tourmentés. L’étude de Laurence Dubois sur les jardins des asiles victoriens montre comment une simple promenade vers Kew, au fil de la Tamise, pouvait marquer pour une patiente le retour peu à peu à la raison.
Ces jardins de confinement, cernés de murs, n’en étaient pas moins porteurs d’une promesse de liberté intérieure. Y biner un parterre, y cueillir des fleurs ou simplement sentir l’air frais ouvrait une fenêtre dans le quotidien. Le jardinage y devenait un soin sans discours, un geste répétitif et patient, qui remet doucement le corps dans un rythme, celui des saisons plutôt que celui des horloges industrielles. Cette dimension thérapeutique résonne fortement avec les approches actuelles d’hortithérapie, toujours plus présentes dans les maisons de retraite, les hôpitaux et même certains programmes de réinsertion.
À un autre bout du spectre, les « people’s gardens » de Patrick et Norah Geddes, étudiés par Susan Reid, montrent comment le jardin peut être un antidote au chaos urbain. De Edinburgh à Montpellier, leur projet visait à créer des espaces verts réellement populaires, pensés pour ceux qui, d’ordinaire, n’avaient droit qu’aux fumées des usines. Là , le jardin devient école en plein air, atelier de citoyenneté, lieu de fêtes et de rencontres. Il réconcilie pierres, feuilles et habitants.
La littérature n’est pas en reste lorsqu’il s’agit d’explorer cette tension entre clôture et liberté. Les jardins de fiction étudiés dans le colloque – de Peter Pan in Kensington Gardens analysé par Léa Beauchêmin-Laporte aux mondes tordus de Lewis Carroll évoqués par Cristina-Ruxandra Burghelea – montrent comment un simple massif peut devenir portail. Un portail vers la nuit, vers le rêve, vers des rencontres entre humains et non-humains qui interrogent nos rapports au vivant. Le jardin apparaît alors comme un territoire intermédiaire, ni tout à fait sauvage, ni complètement domestiqué, où chacun négocie sa place.
Pour toi, jardinier ou jardinière du quotidien, ces histoires suscitent une question simple : comment faire de ton propre jardin un lieu de bien-être, plutôt que de contrainte ? La réponse tient souvent à quelques choix concrets :
- Préserver une zone un peu sauvage, où herbes hautes, insectes et oiseaux trouvent refuge.
- Créer un coin assis confortable, au soleil d’hiver et à l’ombre d’été, pour lire, écouter la pluie ou simplement observer.
- Installer un sentier, même modeste, pour marquer une boucle de promenade quotidienne, surtout si une personne âgée ou en convalescence vit au foyer.
- Réserver un espace à un jardinage simple, sensoriel : plantes parfumées, feuillages à toucher, fleurs colorées.
Ces petites décisions transforment un terrain en véritable lieu de soin, sans gros travaux ni dépenses inutiles. Elles prolongent, à leur échelle, ce mouvement historique où le jardin quitte le seul registre esthétique pour devenir un allié de la santé physique et mentale.
On comprend alors que la démocratisation des jardins passe aussi par cette dimension du bien-être. Offrir des espaces de verdure de proximité, accessibles à pied, ouverts à tous, c’est lutter contre le stress urbain, les îlots de chaleur, la solitude. Le colloque de Montpellier le rappelle par ses échanges : penser les jardins de liberté, aujourd’hui, c’est articuler mémoire des asiles verdoyants, parcs ouvriers et jardins partagés du XXe siècle à nos défis écologiques et sociaux actuels.
Au fond, chaque carré de terre qui apaise un cœur participe à cette révolution douce. Le jardin libère dès qu’on le conçoit comme un compagnon et non comme un décor à surveiller.
Femmes, jardinage et démocratisation : une révolution discrète au XXe siècle
Si le XXe siècle est celui de la démocratisation accélérée des jardins en Grande-Bretagne, c’est en grande partie grâce aux femmes. Longtemps cantonnées à des bordures fleuries ou à la décoration intérieure, elles deviennent peu à peu des actrices majeures de l’horticulture, de la pédagogie et du design de jardin. Le colloque de Montpellier, coordonné par Clémence Laburthe-Tolra et Aurélien Wasilewski, met en lumière ce basculement en réunissant plusieurs interventions sur ce thème.
Caroline Ikin s’intéresse par exemple à Munstead Wood, le jardin de Gertrude Jekyll, où se dessine la figure du « working amateur ». Ce profil brouille les pistes : ni professionnel guindé, ni dilettante mondain, le jardinier amateur qui travaille vraiment la terre devient un modèle pour une nouvelle culture du jardinage. Par ses écrits et ses créations, Jekyll montre qu’un œil exercé, allié à des gestes simples, peut suffire à composer des paysages d’une grande richesse. Cette vision encourage des milliers de jardinières et jardiniers à s’approprier leur lopin, à expérimenter, à faire confiance à leur sensibilité plutôt qu’aux règles figées.
Dans le même esprit, Vita Sackville-West, autrice de Some Flowers, illustre ce mélange d’esthétique et d’amateurisme assumé. L’étude de Daria Tolokonnikova souligne comment, à travers ses descriptions de fleurs, Vita invite le lecteur à regarder autrement ses plates-bandes : non plus comme un catalogue de perfection, mais comme une conversation intime avec chaque plante. Ce regard décomplexe les débutants. Il autorise l’essai, l’erreur, la reprise, exactement comme dans un potager familial où chaque saison permet d’ajuster ses choix.
Au-delà des jardins privés, le jardinage féminin transforme aussi l’école. De 1916 à 1950, le travail de Chrystabel Procter, mis en lumière par Florence Pinard-Nelson, contribue à faire du jardin scolaire un outil pédagogique complet. On y apprend non seulement à bêcher, semer, récolter, mais aussi à observer les cycles, la météo, les insectes. Le potager devient classe à ciel ouvert, où se transmettent des valeurs de patience, de sobriété et de coopération. Ce modèle préfigure nos actuels projets de permaculture en milieu scolaire.
Enfin, l’intervention de Rebecca Welshman sur une pépinière féminine pionnière à Henfield, en West Sussex, montre comment l’horticulture se politise. Entre violettes, socialisme et innovation entrepreneuriale, ces femmes créent un espace de travail, d’autonomie économique et de solidarité. Elles prouvent que le jardinage peut être un levier d’émancipation professionnelle, bien avant que l’on parle de glass ceiling.
Pour mieux visualiser cette montée en puissance, on peut résumer quelques jalons clés :
| Période | Figure / initiative | Impact sur la démocratisation des jardins |
|---|---|---|
| Fin XIXe siècle | Gertrude Jekyll et ses écrits sur le jardin | Légitime le « working amateur », valorise le regard sensible plutôt que le statut social. |
| Première moitié du XXe siècle | Chrystabel Procter et le jardin scolaire | Fait entrer le jardinage dans l’éducation, comme savoir de base, au même titre que la lecture ou le calcul. |
| 1903-1948 | Pépinière féminine de Henfield (West Sussex) | Montre que les femmes peuvent diriger des entreprises horticoles et créer des réseaux de solidarité. |
Pour le lecteur d’aujourd’hui, souvent en quête d’exemples inspirants et concrets, cette histoire sociale éclaire plusieurs pistes :
- Encourager toutes les générations, et notamment les filles, à participer au potager et aux plantations.
- Faire du jardin un espace de transmission familiale, où l’on parle météo, alimentation, biodiversité, plutôt qu’un simple décor.
- Valoriser le « faire » plutôt que le « paraître » : un massif un peu irrégulier mais vivant vaut mieux qu’un gazon parfait et stérile.
Le colloque de Montpellier, accessible en ligne, prolonge cette dynamique en donnant la parole à des chercheuses et chercheurs internationaux. Leurs travaux nourrissent une vision très actuelle du jardin comme lieu d’égalité, où chaque main, quelle que soit son histoire, peut trouver sa place dans la terre.
Au bout du compte, plus les femmes ont pris le sécateur, la bêche et le carnet de notes, plus le jardin est devenu accessible à tous. C’est cette révolution discrète, mais profonde, que racontent les allées fleuries du XXe siècle.
Des jardins d’hier aux jardins partagés d’aujourd’hui : innovation sociale et écologie du quotidien
En reliant les expériences britanniques des XIXe siècle et XXe siècle aux pratiques actuelles, le colloque Innover Sans Frontières met en lumière une évidence : la démocratisation des jardins a toujours été un moteur d’innovation sociale. Autrement dit, chaque fois que l’on ouvre une grille, que l’on divise un grand domaine en plus petites parcelles, que l’on crée un jardin partagé dans une friche, on invente aussi de nouvelles façons d’habiter ensemble.
Les jardins ouvriers d’hier, les jardins d’asile, les parcs populaires de Patrick Geddes et les jardins scolaires de Chrystabel Procter ont préparé le terrain à nos actuels jardins partagés, vergers urbains, expérimentations de permaculture et projets de co-jardinage intergénérationnel. On retrouve partout la même logique : sur un même sol, se croisent des personnes qui, sans ce lieu, ne se seraient peut-être jamais rencontrées. On échange des plants de tomates comme on échange des histoires de vie.
Les ateliers organisés autour du colloque – notamment la visite du Collège des Écossais guidée par l’Association Patrick Geddes France – rappellent que l’urbanisme peut intégrer le vivant autrement. Entre architecture et botanique, ces lieux montrent comment un quartier devient plus respirable dès qu’on y tisse des coulées vertes, des jardins d’essai, des vergers pédagogiques. Cette approche inspire de nombreuses villes françaises, dont Montpellier, engagées dans des politiques de renaturation.
Pour toi qui cherches des gestes concrets, plusieurs leçons se dégagent de cette longue histoire :
- Penser collectif : ouvrir un bout de ton jardin à un voisin sans terrain, proposer de co-planter une haie fruitière, mutualiser les outils.
- Valoriser la frugalité : privilégier les variétés locales, les échanges de graines, le compostage maison plutôt que l’achat systématique.
- Donner une place au sauvage : laisser une bande non tondue, installer un tas de bois pour les insectes, planter des haies variées pour les oiseaux.
- Articuler beauté et utilité : associer fleurs mellifères et légumes, associer aromatiques et petits fruits pour un jardin à la fois nourricier et joyeux.
Ces principes ne sont pas des théories abstraites, mais bien des prolongements directs de ce que les jardiniers anglais ont expérimenté pendant les guerres, les crises économiques et l’urbanisation massive. Les potagers de guerre (« Victory Gardens »), par exemple, ont montré que l’on pouvait transformer rapidement des pelouses en planches de culture pour renforcer l’autonomie alimentaire. Aujourd’hui, sans être en temps de guerre, beaucoup de familles redécouvrent ce pouvoir d’un simple carré de pommes de terre ou de haricots verts.
La force de ce colloque, situé à la croisée de l’histoire sociale, de la littérature et de l’écologie, est de rappeler que chaque jardin est un récit. En lisant ces récits passés, nous gagnons en clarté pour écrire les nôtres : un petit potager devant la maison, un balcon-jardin, une bande cultivée au pied d’un immeuble, un verger partagé dans un village. Ce sont autant de réponses douces aux grands défis actuels : climat, biodiversité, solitude, précarité.
On pourrait croire que ces réflexions se cantonnent au monde académique, mais leur portée est très pratique. En suivant le colloque en ligne via la plateforme dédiée, chacun peut s’inspirer des panels sur les « new commons » étudiés par Valérie Morisson : ces nouveaux biens communs que sont les jardins communautaires, où la règle n’est pas la propriété exclusive, mais le partage organisé et respectueux.
Au final, les jardins d’hier éclairent les jardins d’aujourd’hui : ils montrent que la terre, lorsqu’elle est mise entre plusieurs mains, devient un puissant outil de lien social. Et c’est précisément cette alliance entre racines profondes et projets contemporains qui donne au jardin sa force tranquille.
Montpellier & en ligne : suivre le colloque et prolonger l’expérience dans son propre jardin
Le choix d’organiser ce colloque à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, tout en le rendant accessible en ligne, prolonge l’esprit même de la démocratisation des jardins. Comme autrefois les allotments ouvriers rendaient la terre plus accessible, la diffusion numérique permet aujourd’hui à tout passionné de jardinage, où qu’il soit, de profiter de ces échanges. Il suffit de s’inscrire sur le site b-n-g.sciencesconf.org en choisissant l’option gratuite pour recevoir, quelques jours avant l’évènement, le lien de connexion.
Le programme lui-même s’organise en panneaux thématiques, un peu comme un jardin bien pensé. Le vendredi matin, après l’accueil par Jean-Michel Ganteau, les panels sur « Garden and Class Boundaries » et « Gardens of Confinement, Gardens of Freedom » posent les bases historiques : classes sociales, symbolique des jardins, pouvoir thérapeutique des espaces verts. L’après-midi, avec « Testing out the Boundaries of Gardens » et « Challenging Authority and Building Community through Garden Representations », les interventions explorent les limites du jardin, son rôle dans la contestation de l’autorité et la fabrication de communautés nouvelles.
Le samedi, deux panels se concentrent sur les femmes et la circulation transnationale des savoirs horticoles : « Women Negotiating Personal and Professional Garden Spaces » puis « Women Circulating Horticultural Matters. Transnational Perspectives ». On y croise jardins privés, jardins d’école, pépinières engagées et regards croisés entre Angleterre et France. La journée se termine par une visite guidée du Collège des Écossais, où l’architecture et le végétal dialoguent concrètement.
Pour un jardinier amateur, suivre tout ou partie de ces interventions, même en différé, peut nourrir des changements très simples au jardin. Voici quelques pistes directement transposables :
- Après un panel sur la classe sociale, réfléchir à la façon dont ton jardin pourrait s’ouvrir davantage : un panneau « servez-vous » pour les herbes aromatiques en bord de clôture, une boîte à graines en libre-échange.
- Après une communication sur les jardins thérapeutiques, penser un petit chemin stable, une main courante, un banc pour rendre le jardin plus accessible aux personnes âgées ou en situation de handicap.
- Après les interventions sur les « new commons », proposer à ton quartier une après-midi de chantier collectif : construction d’un compost partagé, plantation d’un verger commun, création d’un hôtel à insectes.
Le format hybride du colloque rappelle également que le savoir n’a plus à rester confiné aux amphithéâtres. On peut écouter une conférence tout en taillant ses rosiers, ou revoir un enregistrement après avoir repiqué des salades. Ce va-et-vient entre théorie et geste concret, entre écran et terre, correspond parfaitement à l’esprit d’un jardinage moderne, curieux, mais ancré dans la réalité.
En définitive, Innover Sans Frontières : La Démocratisation des Jardins et du Jardinage en Grande-Bretagne aux XIXe et XXe Siècles (Montpellier & en ligne) n’est pas seulement un évènement scientifique. C’est une invitation à regarder ton propre jardin – même minuscule – comme un morceau d’une longue chaîne de lieux cultivés, habités, rêvés. Un terrain où chaque geste patient, chaque poignée de compost, chaque graine partagée continue d’écrire une histoire commune.
La bonne nouvelle, c’est que cette histoire se cultive à hauteur de main, un arrosoir après l’autre.
Comment assister au colloque Innover Sans Frontières depuis chez soi ?
L’évènement est accessible en ligne. Il suffit de se rendre sur le site du colloque, à l’adresse https://b-n-g.sciencesconf.org/, de s’inscrire en choisissant l’option gratuite, puis d’attendre le mail contenant le lien de connexion qui est envoyé quelques jours avant la tenue des panels à Montpellier.
En quoi l’histoire des jardins britanniques peut-elle m’aider pour mon propre jardin ?
L’étude de la démocratisation des jardins en Grande-Bretagne montre comment de simples gestes – partage de parcelles, compost, diversité végétale – ont amélioré le quotidien des gens. En t’en inspirant, tu peux imaginer un jardin plus ouvert, plus écologique et plus solidaire : coin partagé avec les voisins, variétés locales, espace pour la biodiversité, potager accessible aux enfants.
Le colloque aborde-t-il des pratiques de jardinage écologique ?
Oui, même si le point de départ est historique et littéraire, de nombreuses interventions touchent à l’écologie pratique : jardins communautaires, rôle des plantes dans la santé, liens entre jardins ouvriers et autonomie alimentaire, ou encore nouveaux communs verts. Ces réflexions nourrissent un jardinage respectueux de l’environnement, fondé sur le vivant et les cycles naturels.
Qu’est-ce qu’un allotment et quel lien avec les jardins partagés actuels ?
Un allotment est une petite parcelle de terre louée à bas prix, très répandue en Grande-Bretagne dès le XIXe siècle, notamment pour les ouvriers. Ces lopins permettaient de cultiver légumes et fruits pour la famille. Ils ont inspiré, par leur esprit de partage et d’autonomie, les jardins partagés modernes, où plusieurs personnes cultivent ensemble un même espace en ville ou à la campagne.
Peut-on suivre le colloque si on débute en jardinage ?
Tout à fait. Le colloque ne demande pas de compétences techniques de jardinier. Il s’agit plutôt de comprendre comment les jardins ont façonné la société et inversement. Même en tant que débutant, ces récits inspirent des gestes simples : planter quelques légumes, observer la faune du jardin, participer à un projet de jardin partagé ou repenser l’aménagement de ton espace vert avec plus de simplicité et de respect du vivant.
Source: www.fabula.org


